
En 1959, Brigitte Bardot renversait le monde de la mode avec sa robe de mariée Vichy. Création du célèbre styliste Jacques Esterel, ce tissu symbolisait le luxe et l'art de vivre à la française. Mais qui sait qu'il fut issu de l'usine Desgénetais de Bolbec, près du Havre ?
Effectivement, en 1934, Marcel Boussac, le fondateur de l'empire Boussac Saint-Frères ou BSF a racheté le fleuron de l'industrie textile locale, les entreprises Desgénetais créées en 1853 par trois frères dont une héritière épousera le comte de Castelbajac et deviendra la grand-mère du mondialement reconnu styliste Jean-Charles de Castelbajac.
Jusqu'en 1976, avant d'être emportées par la concurrence de la fibre synthétique et les productions à bas coût des pays du Tiers-monde, les usines de Bolbec, Gruchet-le-Valasse et Lillebonne vont produire des textiles fantaisies. Des mouchoirs de Bolbec aux torchons, des rideaux à la confection, les tissus damassés, carreaux normands et surtout le Vichy se vendront dans le monde entier.
« Avec ses carreaux d'abord rouges, bleus, jaunes et enfin rose, le Vichy se caractérise par son aspect réversible et techniquement par une alternance de 14 fils blancs et 14 fils de couleur que ce soit sur la chaîne ou la trame. Le tissu est apparu pour la première fois en 1820 à Roanne (Loire) et c'est la cour de Napoléon III qui l'a ramené à Paris. Ensuite, bien sûr, Brigitte Bardot et Tati l'ont mis à la mode », explique Jacques Levaray, le président de l'association « Bolbec, au fil de la mémoire » fondée en 1997 afin de conserver une trace des productions textiles locales.
Une ligne de fabrication 100 % opérationnelle
C'est pour cela qu'en 2008, les 200 adhérents ont installé un musée dans la friche de l'ancienne usine où ils ont également recréé une ligne de fabrication 100 % opérationnelle et « unique en France ». « Des milliers de visiteurs viennent chaque année et nous avons pu embaucher trois salariés pour faire tourner et entretenir les machines », explique Jacques Levaray.
À partir d'échantillons issus des archives, les bénévoles retissent maintenant les étoffes emblématiques. En 2014, sous l'impulsion d'une commerçante, l'association a ainsi fabriqué 600 m de Vichy. « Ce fut une déferlante. La chaîne a servi surtout pour les robes du concours de Miss Bolbec. La ville et les commerçants ont repris immédiatement le symbole des carreaux dans les supports et autres logos. Il existe même une course baptisée La Vichy durant l'opération caritative Octobre Rose. Tout le monde a joué le jeu et ce fut le retour du Vichy », se réjouit encore Jacques Levaray.
Depuis, le tissu est disponible en vente au mètre dans la boutique du musée ainsi que des objets confectionnés par une dizaine de couturières bénévoles. Au rythme de 12 mètres à l'heure, l'association « Bolbec, au fil de la mémoire » vient de relancer le 24 juin dernier une nouvelle fabrication : « Le but est de pouvoir fournir nos couturières et notre boutique. Nous prenons notre temps, car c'est plutôt pédagogique et nous devons faire attention à nos machines. Il faudra plusieurs mois pour sortir les 600 m. Mais, il y en aura maintenant toujours de disponible ».
July 23, 2020 at 06:43PM
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Confection : en Seine-Maritime, la Vichy mania est de retour - Le Parisien
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Tissu
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